Le syndicat chevalin Tramelan-Erguël

Les événements marquants survenus au TE durant ses plus de cent ans d’existence, son environnement démographique, économique, politique, militaire et social pendant cette période sont développés ici.

(texte rédigé en 2007 pour le centenaire)


HISTORIQUE DU TRAMELAN-ERGUËL


1907-1914: La période avant la première guerre mondiale
Il y a cent ans le 28% de la population suisse travaillait dans l'agriculture. Il régnait le système du libre-échange. Il n'existait donc aucune protection douanière. L'agriculture vivait, ou plutôt survivait, en autarcie. Le taux d'auto-approvisionnement de la Suisse était très bas: 16% pour le blé et seulement 4% pour le sucre.

A part une mécanisation hippomobile très modeste, on travaillait essentiellement à la main. Des 243'000 exploitations agricoles, dont 100'000 cultivaient moins de trois hectares, seul le 22% disposait de chevaux. On ne connaissait ni tracteur, ni moteur électrique.

L'armée était à 100% hippomobile.

La situation très difficile, voire dramatique, dans laquelle se trouvait l'agriculture (surendettement), poussait nos ancêtres à créer des organisations d'entraide,
telles que la "Caisse Raiffeisen", VLG, VOLG et, au niveau de l'économie laitière, l'UCPL.

Le cheval, comme moyen de locomotion, faisait défaut au niveau de l'armée, de l'économie et de l'agriculture. Pour cette raison la Confédération investit de grands moyens dans l'élevage chevalin. Du budget total de 13 mio de francs pour l'agriculture, 2,53 mio (20%) étaient réservés à la promotion de l'élevage de chevaux utilitaires bien entendu. Aujourd’hui, cela représenterait une somme de 30,5 mio de francs. Les éleveurs furent encouragés par des primes d'élevage, qui n'étaient versées qu'à ceux qui étaient affiliés à un syndicat. Voilà la raison principale pour laquelle la bonne partie des syndicats tels que le nôtre, le TRAMELAN-ERGUEL (TE), furent créés dans les années 1900-1910. Pour le canton de Berne c’est celui de Berthoud qui fut le premier.

Les motifs de la création de syndicat fut l'idée d'entraide bien sûr, mais tout autant le soutient financier de la part de la Confédération, et des cantons. Parmi les motifs qui ont engendré la création du syndicat, il y avait bien sûr l’idée d’entraide, mais aussi les perspectives de soutiens financiers de la part de la Confédération et des cantons.

En 1905 déjà, le canton de Berne versait un total de 26'920.- de primes pour les chevaux présentés lors des concours cantonaux ; ce qui équivaudrait aujourd’hui à Frs. 333'356.-.

En 1906, l'effectif total des chevaux était de 1'160 dans le district de Courtelary et de 10'121 dans le Jura historique.

1907-1914 dans la région du TRAMELAN-ERGUEL
Vers 1890 déjà, l'agriculture suisse se trouve à la veille d'une révolution économique sous forme de concurrence croissante des produits agricoles venus d'outre mer.

Ceux qui restent à la campagne doivent s'adapter aux nouvelles conditions du marché.

1890-1900: les éleveurs du vallon de St-Imier ont formé une association de commerce de chevaux. Les chevaux étaient de grand gabarit, lourds et difficiles à nourrir et le 70% étaient de couleur noire.

Dans la région de Tramelan, l'élevage était basé sur un cheval plus trapu mais de couleur baie.

Lors des foires à Tramelan-Dessous, les éleveurs des deux régions se côtoyaient avec de vives discussions de comparaisons sur leur race respective.

Les paysans de l'époque faisaient face à beaucoup d'incertitude et ressentaient le besoin de s'unir dans des organisations professionnelles.

1907 Création du Syndicat TE – Qui – Comment - Où?
Durant l'été 1906 quelques éleveurs chevronnés eurent l'idée de former une seule association des deux régions. Suite à de nombreuses discussions et propositions, une lente gestation est mise en place.

Car rien n'était facile, les mentalités étaient bien différentes, avec beaucoup d'individualité. A Tramelan, les éleveurs étaient horlogers-paysans, au vallon l'éleveur était paysan-cultivateur.

Après quelques séances, ils décidèrent de convoquer tout le monde sur les hauteurs du Jeanbrenin, à mi-chemin pour tous.

L'assemblée était bien fréquentée: ils étaient 51 de Tramelan, 11 de Corgémont (Curgismond), 6 de Cortébert, 2 de Courtelary, au total 70 éleveurs étaient présents!

Et voilà, suite à cette rencontre, le TE fut fondé le 15 juin 1907.

Le but du syndicat est formulé dans l'art. 2 des statuts:
"Le syndicat a pour but, de produire le cheval de trait, bien étoffé, avec de bonnes allures. Race des Franches-Montagnes améliorée."

Les devoirs des membres étaient, entre autre:

1. Verser la cotisation obligatoire.
2. Obligation de présenter et faire marquer tous les sujets.
3. Ne saillir les juments que par des étalons désignés par le comité.
4. Annoncer dans les huit jours toutes les mutations
5. Accepter les fonctions du comité au moins pour la durée d'une période

La commission d'experts demandait, à cette époque déjà, aux autorités fédérales de placer tel ou tel étalon à Tramelan et à Corgémont.

Après un premier exercice comptable, le solde en caisse est de frs. 328.85

1914-1918: La période de la première guerre mondiale
En ce temps là, la Suisse comptait 3,8 mio d'habitants, le 25% travaillait toujours dans l'agriculture.

La mobilisation générale de notre armée eut lieu au mois d'août 1914.

Du jour au lendemain, la main d'oeuvre ainsi que les chevaux manquèrent partout. Notre dépendance de l'étranger au niveau de l'approvisionnement en denrées alimentaires s'avéra fatale.

Une extension de la surface des grandes cultures fut demandée (50'000 ha).

La pénurie des denrées alimentaires dura jusqu'après la guerre, c’est pour cette raison que le lait, le fromage et le beurre furent rationnés jusqu'en 1920.

Dans l'industrie, les conditions de travail des ouvriers étaient mauvaises, voire insupportables, ce qui provoqua la grève nationale en 1918. Afin de réprimer cette grève, la cavalerie fut mobilisée.

Les dragons qui étaient recrutés essentiellement dans l'agriculture, durent ainsi se battre contre les ouvriers. Un fait qui valut à l’agriculture les antipathies, voire la haine, des ouvriers et ce jusqu'à récemment. Une bonne partie de ces braves dragons, qui finalement n'accomplissaient que leur mission, fut victime de la "grippe espagnole". Nombreux furent les chevaux qui rentrèrent au foyer sans leur cavalier.

Au niveau mondial, la société à deux vitesses (les riches et les pauvres, la féodalité et le prolétariat) fit naître le communisme, qui amena la Révolution d'octobre en Russie en 1917.

L'élevage chevalin était toujours soutenu, autant au niveau fédéral (le Haras fédéral est fondé en 1899) que cantonal. Il est à mentionner, que le canton de Berne fut toujours un canton clé en élevage chevalin (primes cantonales).

Le TE pendant la première guerre mondiale 1914 - 1918
Malheureusement, les PV de notre syndicat, de 1914 jusque dans les années 60, font défaut. Ils ont été soit perdus soit détruits !

On sait que pendant cette période les chevaux étaient très recherchés, les prix se situaient dans une fourchette de 3600.- à 6000.- pour les juments. Les poulains se vendaient presque au prix d’aujourd’hui, soit 800.- à 1800.-. Pour notre région, c’étaient des prix très élevés, vu qu’une ferme moyenne se vendait à cette époque entre 20000.- et 30000.-. Le prix d’une saillie était de 10.- et un ferrage coûtait moins de 12.- !

A cette époque la présidence de notre syndicat était assumée par Albert Juillard de Tramelan. Le gérant du TE était Edmond Perrin, également de Tramelan.

Le fait que la commission cantonale des experts, en son temps de très grande importance, fut présidée par Alfred Stauffer de Corgémont, souligne l’importance de notre région en matière d’élevage chevalin, d’autant qu’à cette époque le Jura n’était pas séparé.

Comme dans le reste de la Suisse, chez nous aussi les ouvriers avaient la vie très dure, ils souffraient quasiment de faim, ce qui amena à la grève nationale respectée aussi dans le Vallon.

Les années 20 jusqu'à la crise économique mondiale
La population suisse ne cesse d’augmenter pour atteindre 4,066 mio d'habitants en 1930, dont toujours 21,3% d'agriculteurs.

L'économie mondiale se relance, la situation de l'agriculture s'améliore sensiblement.

Les agriculteurs investissent dans les bâtiments et, pour la première fois, aussi dans les machines:

En 1929 on compte 218'534 exploitations agricoles, dont 32,7% possèdent des chevaux.

La mécanisation agricole est de:
1 130 tracteurs
73 310 faucheuses
64 000 faneuses
10 500 semoirs

La crise économique mondiale
On considère en général que ce fut le crash de la bourse de New York, en automne 1929, qui déclencha la crise économique mondiale. La Suisse, très fortement impliquée dans le commerce mondial, ne put rester en dehors.

L'exportation et l'emploi reculèrent fortement. Le chômage atteignit un taux de 30%.

L'économie agricole suisse, étroitement liée au système dominant du libre-échange, subit des conséquences très néfastes. Le prix du lait chuta de 38 cts à 18 cts.

En 1933 introduction du contingentement laitier. Plus tard abandonné.

En 1935 introduction du contingentement des porcs.

En 1938 réintroduction du contingentement laitier.

En cette époque très difficile, beaucoup de paysans étaient en difficultés financières, suivies de faillites. Beaucoup d'exploitations agricoles ont du être vendues.

Le cautionnement en faveur de "copains" s'avéra catastrophique pour beaucoup d’exploitations bien loties auparavant.

La mécanisation dans l'agriculture était toujours hippomobile, du moins pour la grande partie, toutefois le nombre des tracteurs avait augmenté de 1'130 en 1929 à 8207 en 1939.

Alors que dans les années 20 la population agricole avait encore diminué de 90'000 personnes, soit de 10% environ, l'exode rural cessa pendant la crise économique des années 30. Le nombre des exploitations agricoles ne diminua que très peu.

La population suisse était de 4,266 mio en 1941.

L'élevage chevalin était toujours soutenu autant par les cantons que par la Confédération (primes fédérales et cantonales).

Les années 20 au TE jusqu'à la crise économique mondiale
Autant les paysans/horlogers de la région de Tramelan que les cultivateurs/éleveurs de l’Erguël, profitèrent du relancement général de l’économie. Les gens de la terre aussi allaient mieux. Il est même dit, que certains devenaient trop courageux, voire pétulants en investissant d’une manière démesurée dans de belles vaches, voire des bâtiments seigneuriaux.

C’est à cette époque-là que la Suze fut corrigée. Sur cet immense chantier tout se fit à la main et les transports furent assumés à l’aide du cheval.

Pendant cette période, le TE était présidé par Alfred Stauffer de Corgémont. La gérance était confiée à Monsieur Voumard-Grobéty habitant Tramelan.

La crise économique mondiale
Pour différentes raisons, notre région à énormément été touchée par la crise économique.

- Au contraire du Mitteland ou de l’Emmental, le Jura en ce temps-là, était déjà pour une bonne partie industrialisé. Conséquence : un grand nombre d’horlogers étaient au chômage.
- Les paysans/horlogers perdaient leurs revenus accessoires souvent bien plus importants que le revenu agricole.
- Les exploitations souvent endettées résistaient mal aux chutes des prix.
- Le cautionnement très en vogue parmi les paysans, mettait souvent en faillite même des agriculteurs auparavant financièrement sains.

Pour occuper le grand nombre de chômeurs, les communes mirent en place des programmes d’occupation d’intérêt public.

En 1939, le TE participa à l’exposition nationale à Zurich, où il décrocha un premier prix. Dans la même année, à l’occasion de l’exposition cantonale à Thoune, notre syndicat recevait les félicitations du Conseiller d’Etat Stauffer de Corgémont.

« Mais attention aux couleurs choquantes ! Il y aura lieu à l’avenir, d’éliminer tous les sujets mâles qui ont une grande liste en tête et de trop grandes balzanes antérieures ! »

Les concours fédéraux se déroulaient pour tout le syndicat sur une place à Tramelan ! (ni tracteurs, ni jeeps, ni vans !!!)

C’est avec grande satisfaction qu’en 1938 les éleveurs du Vallon obtenaient une place de concours à Corgémont.

La deuxième guerre mondiale
Le premier septembre 1939 Hitler attaque la Pologne. Ainsi la deuxième guerre mondiale est déclenchée.

L'armée suisse est mobilisée. Une armée toujours hippomobile pour une grande partie.

Besoin en chevaux de l’armée, 53'748 sujets dont 4'650 pour la cavalerie.

D'un jour à l'autre, les hommes et les chevaux manquent dans les exploitations agricoles. En même temps, l'agriculture est appelée à augmenter sa production. Le Plan Wahlen veut qu'environ 200'000 ha supplémentaires soient mis en grandes cultures. La surcharge de travail pour les personnes restant sur l’exploitation est énorme.

Cultiver des champs au lieu de faire de l'élevage est le mot d'ordre du Plan Wahlen. Un hectare de pommes de terre nourrit dix fois plus de personnes qu'un hectare de prairie dont l'herbe est fourragé aux vaches produisant du lait.

Plus personne ne parlait de surproduction, les contingentements furent abandonnés d'un jour à l'autre. Les prix ne cessèrent d’augmenter.

Les prix des produits agricoles doublèrent entre 1939 et 1946 ; durant la même période les prix des agents de production pour l'agriculture n'augmentèrent que de 67%. Ainsi donc, il fut possible, de gagner de l'argent en agriculture.

En 1940 on assista à l’introduction du rationnement des denrées alimentaires, excepté les pommes de terres, les légumes et les fruits.

C'est en 1945/46 que l'effectif chevalin atteint son maximum, soit 149'000 sujets, dont 23'000 juments saillies en 1944.

Pendant cette période, lors d’une mise de chevaux de travail à Avenches, les sujets de trois ans furent vendus pour un prix de 3'800.- à 4'150.-, les hongres de 2 ans 2'620.- à 3'870.-.

Ce fut également la belle époque de la foire de Chaindon, plus de 2'200 chevaux y furent offerts, dont quasiment tous trouvèrent acheteur.

La deuxième guerre mondiale : situation au TE
Tout changea du jour au lendemain pour les agriculteurs/éleveurs du TE avec l'attaque de la Pologne par les Allemands et la mobilisation de l'armée en septembre 1939.

Les chevaux aptes au service furent mobilisés, les soldats appelés sous les drapeaux.

Beaucoup de paysannes se trouvaient seule à la ferme, sans chevaux pour faire le travail.

Pour deux raisons les éleveurs avaient intérêt à saillir le plus de juments possible:
- Les juments poulinières étaient libérées du service militaire.
- Les produits de ces juments, les poulains, étaient très recherchés, donc chers.

Cet élevage poussé à l'extrême fut pratiqué au détriment de la qualité.

Notre syndicat, présidé pendant cette époque très dure par Charles Stauffer de Corgémont et géré par William Schneider de Tramelan, accomplissait ses tâches dans la mesure du possible. A part les activités professionnelles (Plan Wahlen) et militaires (mains d'oeuvre et chevaux mobilisés) il ne restait qu’une très petite marge pour les activités syndicales et pour les loisirs.

Le Marché-Concours de Saignelégier fut annulé plusieurs fois pendant cette période.

L'effectif des chevaux dans le TE pendant la guerre était de 511 sujets, dont 294 juments.

En 1940, des troupes françaises montées furent internées en Suisse. Les montures des « Spahis » venant de l'Afrique du nord étaient des chevaux arabes. Ils restèrent pour la grande partie en Suisse. Ces chevaux très endurants et durs ont laissé leurs traces aussi dans l'élevage FM.

La période après la guerre jusqu'aux années soixante:
Pendant cette période un énorme développement a lieu à tous les niveaux. L'industrie et la construction ont besoin de main-d'oeuvre. L'exode rural se poursuit. Ce sont surtout les très petites exploitations, ainsi que les ouvriers agricoles de nationalité suisse, qui quittent l'agriculture, pour trouver une vie plus facile dans le deuxième et le troisième secteur (industrie et service).

Le manque de main-d'oeuvre en agriculture est compensé par l'engagement d'ouvriers étrangers (italiens) d'une part et par une motorisation/mécanisation sans précédant d'autre part.

En 1960 on compte 50'000 tracteurs contre 8'000 en 1939, le nombre de chevaux a baissé de 149'000 en 1946 à 70'000 en 1960.

Entre 1955 et 1965, le nombre des exploitations agricoles diminuait de quelques 30'000. Toutefois, ce furent en premier lieu les exploitations de petite taille qui disparurent.

Bien que nos autorités, par le biais de la loi sur l'agriculture de 1951, voulurent signaler leur reconnaissance vis-à-vis de l'agriculture pour les efforts réalisés pendant la guerre (garantie de prix couvrant les frais de production, garantie de prise en charge des produits, protection douanière) le changement de structures fit son chemin.

Au niveau de l'armée aussi, le cheval perdait de son importance.

En 1948 l'artillerie fut totalement motorisée; les troupes du train furent réduites. La cavalerie fut restreinte de 30 à 18 escadrons.

La motorisation, qui fut retardée par la guerre à tous les niveaux, se rattrapait à grande vitesse.

Le cheval, jadis roi des champs, cédait à grands pas le terrain au moteur.

Malgré les exploits prodigieux des chevaux, la victoire du moteur était irrévocable.

La période après la guerre jusqu'aux années soixante au TE
Avec un certain retard sur le plateau, mais aussi dans notre région, la mécanisation/motorisation prit un essor inattendu dans l’agriculture. Impressionnée par la technique moderne, la jeune génération surtout, perdait en très peu de temps, tout intérêt au cheval.

Dans les années 50, le nombre de juments saillies résistait au développement poussé d'une agriculture mécanisée.

Pendant un certain temps encore les éleveurs "convaincus" essayaient de faire de la concurrence au tracteur avec leurs chevaux. Un combat inégal s’engagea, il était voué à l'échec dès son départ.

La citation de Francis Voisin, fils d’étalonnier de Corgémont, nous montre, combien en ce temps-là, le cheval fut encore sollicité au niveau travail et reproduction:

"Au printemps 1952, l'étalon "Jaurès" a sailli 108 juments. Parfois cet étalon faisait huit saillies par jour, la première à cinq heures le matin et la dernière à 23 heures. Entre les saillies le même étalon allait chercher l'herbe pour les 15 vaches. Les chaleurs étaient bien mieux marquées à cette époque parce que les juments étaient maigres, elles travaillaient dur. C'était rare qu'une jument soit saillie trois fois dans la même chaleur. La période de monte durait de mars jusqu'à mi-juillet."

1957 : Jubilé du 50ème anniversaire du TE
Cet événement fut célébré en tout simplicité et pour marquer ce jubilé, un grand nombre de chevaux fut présenté sur les places de concours des Reussilles et de Corgémont. Le 28 avril 1957, lors de l'assemblée annuelle à Sonceboz, les festivités eurent lieu en invitant quelques personnalités.

M. Luterbacher de Prêles, premier président de la fédération suisse, demandait
déjà à l'époque aux autorités fédérales et militaires de maintenir les escadrons de dragons ainsi que l'achat des "Bunds" pour les troupes hippomobiles.

Le député Henri Geiser de Cortébert, renseignait l'assemblée sur la revendication des agriculteurs sur le prix du bétail de boucherie. Il donna l'information que la Confédération était fortement endettée avec les conséquences connues pour l'agriculture.

L'assemblée du 50ème se termina avec un goûter offert par le syndicat.

Malgré tous les efforts, malgré toutes les belles paroles de certaines personnalités, la période glorieuse du cheval de travail s'achevait en toute simplicité. Cette période fut suivie du temps le plus sombre, le plus désespéré de l'élevage FM - également dans le TE !

La période noire, voire morte du cheval Franches-Montagnes : les années 70 - 80
La population suisse augmente sans cesse, pour la première fois dans son histoire, elle dépasse les cinq mio dont un mio d'étrangers. C’est ce qui nous amène aux initiatives contre un taux trop élevé d’étrangers en Suisse. (Schwarzenbach)

Le peuple suisse va bien!

Au niveau de l'agriculture, la mécanisation et la rationalisation battent leur plein. Marié avec un grand savoir faire de nos agriculteurs, les circonstances nous mène soi-disant dans une situation de surproduction. Les prix et la prise en charge sont toujours garantis. Le compte laitier fédéral boucle avec un déficit de passé un mia.

Suite à cette situation désastreuse, le premier mai 1977 est introduit le contingentement laitier.

L'exode rural continue; entre 1965 et 1985 encore une fois 33'000 exploitations disparaissent.

Le manque de main d'oeuvre s'accentue encore.

Dans cette situation le cheval de trait ne trouve plus sa place dans l'agriculture.

La construction des machines hippomobiles est arrêtée.

Dans l'armée le cheval prend le même chemin qu'en agriculture. En 1972 la cavalerie est définitivement supprimée.

Dans la révision de l'OT61 de 1981, les troupes du train sont sensiblement réduites,
ce qui représente une diminution des chevaux du train de quelques 20'000 sujets depuis les années soixante.

Plus personne ne s'intéresse aux chevaux !

Plus personne n’est formé dans l’utilisation du cheval! (ni l'armée, ni les écoles d'agriculture)

Vu qu'ils ne sont plus utilisés, les chevaux ne sont plus débourrés, le cheval des Franches-Montagnes atteint le point le plus bas de son histoire.

Malgré tout on continue à l'élever et à l'écouler par le biais de marchés artificiels!

Les poulains de boucherie repris par les importateurs de viande libèrent des contingents d'importation de viande chevaline. (jusqu'à 75% des poulains sont tués).

Les chevaux repris aux mises par les marchands donnent droit aux contingents d'importation d’équidés de tous genres.

L'élevage, quand à lui est soutenu par des primes de poulinage, d'élevage, d'attelage et de garde.

La période noire, voire morte, du cheval Franches-Montagnes : les années 70/80 au TE
C'est pendant ces années là que le TE atteint son territoire actuel, tout le district de Courtelary. Suite aux événements connus de l'époque, mais aussi sous la pression du canton, les éleveurs de la région de Mont-Soleil, La Chaux-d'Abel et Mont-Tramelan ont manifesté le désir de faire partie d'un syndicat dont le siège se trouve dans le canton de Berne. En assemblée ordinaire du 24 février 1979 à Saint-Imier, 54 nouveaux membres sortant du HPM sont acceptés dans le TE.

Le comité, conscient que nos chevaux ne sont quasiment plus du tout utilisés pour le travail et qu'ainsi le savoir-faire de nos jeunes éleveurs se perd, organise en peu de temps un premier cours d'attelage aux Reussilles, donné par Hermann Mast et Fritz Weyermann

Dans le même ordre d'idée, en 1980, la première journée équestre de notre syndicat a lieu à la Bise de Cortébert.

En 1982 le TE fête ses 75 ans. Cette manifestation a lieu à La Chaux des Reussilles sous une pluie battante. Un concours de chevaux pour chaque catégorie d'âge et quelques courses spectaculaires, au vu du temps et de l’état du terrain, sont organisés.

Anecdote à mentionner: Le discours du président, pourtant bien préparé, n'a pas pu avoir lieu. Pour cause, les intempéries, qui par moment nous privaient d'électricité!

Dans cette période sombre, voire désespérée pour la race FM, en haut lieu, les éleveurs sont encouragés à abandonner le cheval du Jura et à se tourner vers le cheval de sport, le DS.

Des éleveurs de notre syndicat profitaient de l'occasion en acquérant des juments DS de haute qualité lors d'une mise organisée à Avenches.

Les frères Oppliger de Mont-Soleil ont acquis la jument anglo-normande"Quiboise", elle a laissé quelques bons sujets.

Francis Voisin ramenait la jument allemande "Grace Kelly" venant de la Westphalie, elle donna par la suite naissance au poulain "Diori" vendu au Haras fédéral.

En résumé, pendant la période la plus sombre du cheval FM, les responsables du syndicat ressentaient le besoin de réagir pour voir des jours meilleurs pour notre cheval. L'avenir leur donne entièrement raison. Dans des circonstances encore bien plus désavantageuses qu’avant, le cheval du Jura renaissait de ses cendres dans les années 90.

Les derniers 20 ans : la résurrection du cheval Franches-Montagnes !
La Suisse est un pays hautement industrialisé, le troisième secteur gagne en importance. La population a dépassé les 7 mio. L'agriculture est marginalisée (2,5%); il ne reste plus que 65'000 exploitations.

La Suisse est un pays soi-disant riche, mais hautement endetté.

Nous sommes une société mobile avec beaucoup de temps libre, une société de consommation et de loisir.

C’est exactement dans cet environnement moderne que notre cheval FM a trouvé sa nouvelle vocation. Il a muté du cheval de travail au cheval de loisirs. Il fut un animal de rente, il est devenu un animal domestique, un compagnon.

En 1997 est constituée "La Fédération d'élevage du cheval de la race des Franches-Montagnes". Cette jeune organisation a la mission difficile de repositionner le cheval FM, de lui trouver de l’occupation.

Au niveau des structures, elle a dû insister pour montrer qu'elle est en mesure de prendre elle-même son destin en main et qu'elle n'a surtout pas besoin des "bons" conseils des autres races. Elle n’est aucunement capable et prête à entretenir les autres races. Le combat des classes se répète cent ans après celui de Marx.

Aujourd'hui la FSFM est totalement indépendante, c'est ainsi qu'elle est en mesure d'accomplir ses tâches, pas toujours faciles.

Toutefois les responsables actuels et anciens ont la satisfaction de savoir :
- Qu'il y a une prise de conscience vis-à-vis du cheval FM au niveau suisse
- Que la Confédération est consciente de sa responsabilité (PV de Rio) vis-à-vis de notre cheval, représentant la seule race chevaline autochtone suisse (encouragement financier par le biais d'une prime pour les juments, maintien du Haras National orienté vers le FM)
- Le cheval FM a retrouvé du travail. Cette fois plus devant la charrue mais sous la selle du cavalier de loisir ou attelé a un char marathon pour une ballade avec un atteleur de loisirs.

Pour y arriver, le but d'élevage n'a pas dû être touché. Les facultés de notre cheval devaient tout simplement être mises en évidence, par des épreuves de loisirs tel que
le gymkana, le saut FM, le dressage FM, le débardage, la traction.

En sport, le cheval FM a trouvé ses partisans dans la discipline de la monte américaine ainsi qu'en attelage, même au niveau de l’élite.

Dans une société de surabondance le cheval FM s'est positionné, il est aujourd'hui le cheval de loisirs incontournable au niveau suisse et au niveau international.

A peine, notre cheval a-t-il trouvé sa place dans le domaine des loisirs, du sport, de l'hippothérapie et même de la psychiatrie que de nouveaux défis l'attendent!

Quel est son rôle à jouer quand l'énergie commence à faire défaut, ou que le changement de climat dû aux activités démesurées de l'homme est devenu une réalité brutale?

Comme il s’annonçait "présent" tout au long des huit époques que nous venons de vous rappeler, il s’annoncera une nouvelle fois "présent", en tant qu'accompagnant de l'homme tel qu'il l'a été depuis des siècles !

Les derniers 20 ans : la résurrection du cheval Franches-Montagnes dans le TE
Pendant la période noire du cheval FM les dirigeants du TE n'ont pas baissé les bras, ils ont continué à développer, voire intensifier les activités du syndicat.

- en 1991 nous organisons l'assemblée des délégués de la Fédération suisse, qui durait à ce moment là, un jour et demi avec un programme cadre bien garni.
- de 1985 à 1995 le TE participe à trois reprises à la BEA et une fois à l'OLMA
- après les plébiscites, en 1994 le TE à l'honneur, d'être le premier syndicat du Jura bernois invité au Marché-Concours de Saignelégier. Les paroles du défunt speaker Daniel Wahlen restent gravées dans nos mémoires: "Le Tramelan-Erguël
a tourné la page!"
- en 1995 une équipe FM participe à "La Route du Poisson", Des vingt chevaux de l'équipe, cinq sujets sont issus d’une écurie du TE
- en 1996 la Fédération bernoise nous confie l’organisation de son assemblée des délégués à Corgémont.
- en 1998 la Société d'agriculture du district de Courtelary nous donne mandat d'organiser l'exposition des chevaux dans le cadre de sa manifestation.
- en 1998 aussi nous faisons le déplacement à Vérone en Italie pour la grande foire des chevaux
- en 1998, encore un fait particulier se produit, des quarante-deux étalons présentés à Glovelier, six sont d'une écurie du TE. Cinq sont sélectionnés, parmi eux le premier classé. Par la suite, les cinq ont brillamment réussi le test en station à Avenches.

Si du temps des contrats d'attelage nos chevaux de trois ans étaient présentés sur 7 à 9 places, aujourd'hui le TE ne dispose plus de place de test en terrain. Nos chevaux sont présentés sur les places des syndicats voisins.

Suite aux nouvelles structures en élevage chevalin, notre syndicat est aujourd'hui un syndicat FM. Cette spécialisation est juste afin de pouvoir défendre la seule race suisse avec l'engagement nécessaire pour garantir sa survie.


L'Etalonnerie

a) Les stations fédérales de monte
Pour les éleveurs du TE les stations fédérales de monte étaient toujours d'une très grande importance.

Au Vallon, les étalons d'Avenches furent toujours stationnés à Corgémont. De 1930 à 1949 chez les frères Stauffer. Y faisait entre autre la monte le fameux "Ravachol", un fils de "Vaillant".

De 1950 à 1975 la station fut reprise par la famille Voisin. De 1976 à 2002, l'année de la suppression de la station fédérale au Vallon, c'est la famille Wirz qui a repris le flambeau.

Déjà avant la constitution du syndicat, les éleveurs de la région de Tramelan/Les Reussilles ont pu profiter de la station fédérale de monte.

Au contraire de la station de Corgémont, où les étalons fédéraux furent stationnés chez des agriculteurs, aux Reussilles les étalons étaient toujours soignés par des étalonniers du Haras. En 2003 la célèbre station des Reussilles est abandonnée en faveur de la station de Bellelay.

b) L'étalonnerie privée
La première étalonnerie privée d'une grande importance dans notre syndicat se trouvait chez les Frères Gerber aux Joux. Dans les années 1930 à 1945, entre autre, y faisaient la monte les étalons "Pionnier" et "Prior".

De 1950 à 1997, Alfred Amstutz du Cerneux-Veusil, tenait une étalonnerie privée connue pour des étalons du type plutôt lourd. Les derniers étalons gardés par Alfred étaient: "Ribérac, Délgado, Conquérant et Elias"

Depuis 1980 jusqu'à aujourd'hui, Jean-Pierre Rochat de la Bergerie de Vauffelin, met ses étalons à disposition des éleveurs. Y ont fait la monte: « Jimmy, Dictol, Loubard, Calyptus et Calif » et actuellement « Queens et Nevado ».

Jean-Pierre Rochat est un éleveur passionné et compétant d'une part, d'autre part il est un meneur de char romain chevronné et respecté qui s’est souvent classé premier dans les épreuves.

En plus de ses compétences autour du cheval FM, Jean-Pierre Rochat est l'auteur de plusieurs livres dont "Berger sans étoile"

Plutôt de courte durée, ils existaient aussi des étalonneries privées chez:
Girardin Pierre-André à Mont-Tramelan avec l'étalon "Libanon »,Kunz Jakob à Mont-Crosin avec "Eiger", Von Allmen Eddy aux Fontaines avec "Himalaya", Sperisen German à la Montagne de Romont avec "Lirac", "Ugolin" et "Mexico" HF

Actuellement à La Ferrière Pierre-André Wäfler, assure la monte avec des étalons loués pendant la saison.
 


QUELQUES STATISTIQUES

Etat des membres
 

Année Membres Chevaux Etalons fédéraux Etalons privés
1907 70 300 3 0
1940 ? 412 ? ?
1945 ? 511 ? ?
1957 90 350 3 2
1982 160 380 4 3
1991 190 410 4 5
2007 160 230 0 3

 

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