| Le syndicat chevalin Tramelan-Erguël
Les
événements marquants survenus au TE durant
ses plus de cent ans d’existence, son
environnement démographique, économique,
politique, militaire et social pendant cette
période sont développés ici.
(texte rédigé en 2007 pour le
centenaire)
HISTORIQUE DU TRAMELAN-ERGUËL
1907-1914: La période avant la première
guerre mondiale
Il y a cent ans le 28% de la
population suisse travaillait dans
l'agriculture. Il régnait le système du
libre-échange. Il n'existait donc aucune
protection douanière. L'agriculture vivait,
ou plutôt survivait, en autarcie. Le taux
d'auto-approvisionnement de la Suisse était
très bas: 16% pour le blé et seulement 4%
pour le sucre.
A part une mécanisation hippomobile très
modeste, on travaillait essentiellement à la
main. Des 243'000 exploitations agricoles,
dont 100'000 cultivaient moins de trois
hectares, seul le 22% disposait de chevaux.
On ne connaissait ni tracteur, ni moteur
électrique.
L'armée était à 100% hippomobile.
La situation très difficile, voire
dramatique, dans laquelle se trouvait
l'agriculture (surendettement), poussait nos
ancêtres à créer des organisations
d'entraide,
telles que la "Caisse Raiffeisen", VLG, VOLG
et, au niveau de l'économie laitière, l'UCPL.
Le cheval, comme moyen de locomotion,
faisait défaut au niveau de l'armée, de
l'économie et de l'agriculture. Pour cette
raison la Confédération investit de grands
moyens dans l'élevage chevalin. Du budget
total de 13 mio de francs pour
l'agriculture, 2,53 mio (20%) étaient
réservés à la promotion de l'élevage de
chevaux utilitaires bien entendu.
Aujourd’hui, cela représenterait une somme
de 30,5 mio de francs. Les éleveurs furent
encouragés par des primes d'élevage, qui
n'étaient versées qu'à ceux qui étaient
affiliés à un syndicat. Voilà la raison
principale pour laquelle la bonne partie des
syndicats tels que le nôtre, le TRAMELAN-ERGUEL
(TE), furent créés dans les années
1900-1910. Pour le canton de Berne c’est
celui de Berthoud qui fut le premier.
Les motifs de la création de syndicat fut
l'idée d'entraide bien sûr, mais tout autant
le soutient financier de la part de la
Confédération, et des cantons. Parmi les
motifs qui ont engendré la création du
syndicat, il y avait bien sûr l’idée
d’entraide, mais aussi les perspectives de
soutiens financiers de la part de la
Confédération et des cantons.
En 1905 déjà, le canton de Berne versait un
total de 26'920.- de primes pour les chevaux
présentés lors des concours cantonaux ; ce
qui équivaudrait aujourd’hui à Frs.
333'356.-.
En 1906, l'effectif total des chevaux était
de 1'160 dans le district de Courtelary et
de 10'121 dans le Jura historique.
1907-1914 dans la région du TRAMELAN-ERGUEL
Vers 1890
déjà, l'agriculture suisse se trouve à la
veille d'une révolution économique sous
forme de concurrence croissante des produits
agricoles venus d'outre mer.
Ceux qui restent à la campagne doivent
s'adapter aux nouvelles conditions du
marché.
1890-1900: les éleveurs du vallon de St-Imier
ont formé une association de commerce de
chevaux. Les chevaux étaient de grand
gabarit, lourds et difficiles à nourrir et
le 70% étaient de couleur noire.
Dans la région de Tramelan, l'élevage était
basé sur un cheval plus trapu mais de
couleur baie.
Lors des foires à Tramelan-Dessous, les
éleveurs des deux régions se côtoyaient avec
de vives discussions de comparaisons sur
leur race respective.
Les paysans de l'époque faisaient face à
beaucoup d'incertitude et ressentaient le
besoin de s'unir dans des organisations
professionnelles.
1907
Création du Syndicat TE – Qui – Comment -
Où?
Durant l'été 1906 quelques éleveurs
chevronnés eurent l'idée de former une seule
association des deux régions. Suite à de
nombreuses discussions et propositions, une
lente gestation est mise en place.
Car rien n'était facile, les mentalités
étaient bien différentes, avec beaucoup
d'individualité. A Tramelan, les éleveurs
étaient horlogers-paysans, au vallon
l'éleveur était paysan-cultivateur.
Après quelques séances, ils décidèrent de
convoquer tout le monde sur les hauteurs du
Jeanbrenin, à mi-chemin pour tous.
L'assemblée était bien fréquentée: ils
étaient 51 de Tramelan, 11 de Corgémont (Curgismond),
6 de Cortébert, 2 de Courtelary, au total 70
éleveurs étaient présents!
Et voilà, suite à cette rencontre, le TE fut
fondé le 15 juin 1907.
Le but du syndicat est formulé dans l'art. 2
des statuts:
"Le syndicat a pour but, de produire le
cheval de trait, bien étoffé, avec de bonnes
allures. Race des Franches-Montagnes
améliorée."
Les devoirs des membres étaient, entre
autre:
1. Verser la cotisation obligatoire.
2. Obligation de présenter et faire marquer
tous les sujets.
3. Ne saillir les juments que par des
étalons désignés par le comité.
4. Annoncer dans les huit jours toutes les
mutations
5. Accepter les fonctions du comité au moins
pour la durée d'une période
La commission d'experts demandait, à cette
époque déjà, aux autorités fédérales de
placer tel ou tel étalon à Tramelan et à
Corgémont.
Après un premier exercice comptable, le
solde en caisse est de frs. 328.85
1914-1918: La période de la première guerre
mondiale
En ce temps
là, la Suisse comptait 3,8 mio d'habitants,
le 25% travaillait toujours dans
l'agriculture.
La mobilisation générale de notre armée eut
lieu au mois d'août 1914.
Du jour au lendemain, la main d'oeuvre ainsi
que les chevaux manquèrent partout. Notre
dépendance de l'étranger au niveau de
l'approvisionnement en denrées alimentaires
s'avéra fatale.
Une extension de la surface des grandes
cultures fut demandée (50'000 ha).
La pénurie des denrées alimentaires dura
jusqu'après la guerre, c’est pour cette
raison que le lait, le fromage et le beurre
furent rationnés jusqu'en 1920.
Dans l'industrie, les conditions de travail
des ouvriers étaient mauvaises, voire
insupportables, ce qui provoqua la grève
nationale en 1918. Afin de réprimer cette
grève, la cavalerie fut mobilisée.
Les dragons qui étaient recrutés
essentiellement dans l'agriculture, durent
ainsi se battre contre les ouvriers. Un fait
qui valut à l’agriculture les antipathies,
voire la haine, des ouvriers et ce jusqu'à
récemment. Une bonne partie de ces braves
dragons, qui finalement n'accomplissaient
que leur mission, fut victime de la "grippe
espagnole". Nombreux furent les chevaux qui
rentrèrent au foyer sans leur cavalier.
Au niveau mondial, la société à deux
vitesses (les riches et les pauvres, la
féodalité et le prolétariat) fit naître le
communisme, qui amena la Révolution
d'octobre en Russie en 1917.
L'élevage chevalin était toujours soutenu,
autant au niveau fédéral (le Haras fédéral
est fondé en 1899) que cantonal. Il est à
mentionner, que le canton de Berne fut
toujours un canton clé en élevage chevalin
(primes cantonales).
Le TE pendant la première guerre
mondiale 1914 - 1918
Malheureusement, les PV de notre syndicat,
de 1914 jusque dans les années 60, font
défaut. Ils ont été soit perdus soit
détruits !
On sait que pendant cette période les
chevaux étaient très recherchés, les prix se
situaient dans une fourchette de 3600.- à
6000.- pour les juments. Les poulains se
vendaient presque au prix d’aujourd’hui,
soit 800.- à 1800.-. Pour notre région,
c’étaient des prix très élevés, vu qu’une
ferme moyenne se vendait à cette époque
entre 20000.- et 30000.-. Le prix d’une
saillie était de 10.- et un ferrage coûtait
moins de 12.- !
A cette époque la présidence de notre
syndicat était assumée par Albert Juillard
de Tramelan. Le gérant du TE était Edmond
Perrin, également de Tramelan.
Le fait que la commission cantonale des
experts, en son temps de très grande
importance, fut présidée par Alfred Stauffer
de Corgémont, souligne l’importance de notre
région en matière d’élevage chevalin,
d’autant qu’à cette époque le Jura n’était
pas séparé.
Comme dans le reste de la Suisse, chez nous
aussi les ouvriers avaient la vie très dure,
ils souffraient quasiment de faim, ce qui
amena à la grève nationale respectée aussi
dans le Vallon.
Les
années 20 jusqu'à la crise économique
mondiale
La population
suisse ne cesse d’augmenter pour atteindre
4,066 mio d'habitants en 1930, dont toujours
21,3% d'agriculteurs.
L'économie mondiale se relance, la situation
de l'agriculture s'améliore sensiblement.
Les agriculteurs investissent dans les
bâtiments et, pour la première fois, aussi
dans les machines:
En 1929 on compte 218'534 exploitations
agricoles, dont 32,7% possèdent des chevaux.
La mécanisation agricole est de:
1 130 tracteurs
73 310 faucheuses
64 000 faneuses
10 500 semoirs
La
crise économique mondiale
On considère
en général que ce fut le crash de la bourse
de New York, en automne 1929, qui déclencha
la crise économique mondiale. La Suisse,
très fortement impliquée dans le commerce
mondial, ne put rester en dehors.
L'exportation et l'emploi reculèrent
fortement. Le chômage atteignit un taux de
30%.
L'économie agricole suisse, étroitement liée
au système dominant du libre-échange, subit
des conséquences très néfastes. Le prix du
lait chuta de 38 cts à 18 cts.
En 1933 introduction du contingentement
laitier. Plus tard abandonné.
En 1935 introduction du contingentement des
porcs.
En 1938 réintroduction du contingentement
laitier.
En cette époque très difficile, beaucoup de
paysans étaient en difficultés financières,
suivies de faillites. Beaucoup
d'exploitations agricoles ont du être
vendues.
Le cautionnement en faveur de "copains"
s'avéra catastrophique pour beaucoup
d’exploitations bien loties auparavant.
La mécanisation dans l'agriculture était
toujours hippomobile, du moins pour la
grande partie, toutefois le nombre des
tracteurs avait augmenté de 1'130 en 1929 à
8207 en 1939.
Alors que dans les années 20 la population
agricole avait encore diminué de 90'000
personnes, soit de 10% environ, l'exode
rural cessa pendant la crise économique des
années 30. Le nombre des exploitations
agricoles ne diminua que très peu.
La population suisse était de 4,266 mio en
1941.
L'élevage chevalin était toujours soutenu
autant par les cantons que par la
Confédération (primes fédérales et
cantonales).
Les
années 20 au TE jusqu'à la crise économique
mondiale
Autant les paysans/horlogers de la région de
Tramelan que les cultivateurs/éleveurs de l’Erguël,
profitèrent du relancement général de
l’économie. Les gens de la terre aussi
allaient mieux. Il est même dit, que
certains devenaient trop courageux, voire
pétulants en investissant d’une manière
démesurée dans de belles vaches, voire des
bâtiments seigneuriaux.
C’est à cette époque-là que la Suze fut
corrigée. Sur cet immense chantier tout se
fit à la main et les transports furent
assumés à l’aide du cheval.
Pendant cette période, le TE était présidé
par Alfred Stauffer de Corgémont. La gérance
était confiée à Monsieur Voumard-Grobéty
habitant Tramelan.
La
crise économique mondiale
Pour
différentes raisons, notre région à
énormément été touchée par la crise
économique.
- Au contraire du Mitteland ou de
l’Emmental, le Jura en ce temps-là, était
déjà pour une bonne partie industrialisé.
Conséquence : un grand nombre d’horlogers
étaient au chômage.
- Les paysans/horlogers perdaient leurs
revenus accessoires souvent bien plus
importants que le revenu agricole.
- Les exploitations souvent endettées
résistaient mal aux chutes des prix.
- Le cautionnement très en vogue parmi les
paysans, mettait souvent en faillite même
des agriculteurs auparavant financièrement
sains.
Pour occuper le grand nombre de chômeurs,
les communes mirent en place des programmes
d’occupation d’intérêt public.
En 1939, le TE participa à l’exposition
nationale à Zurich, où il décrocha un
premier prix. Dans la même année, à
l’occasion de l’exposition cantonale à
Thoune, notre syndicat recevait les
félicitations du Conseiller d’Etat Stauffer
de Corgémont.
« Mais attention aux couleurs choquantes !
Il y aura lieu à l’avenir, d’éliminer tous
les sujets mâles qui ont une grande liste en
tête et de trop grandes balzanes antérieures
! »
Les concours fédéraux se déroulaient pour
tout le syndicat sur une place à Tramelan !
(ni tracteurs, ni jeeps, ni vans !!!)
C’est avec grande satisfaction qu’en 1938
les éleveurs du Vallon obtenaient une place
de concours à Corgémont.
La
deuxième guerre mondiale
Le premier septembre 1939 Hitler attaque la
Pologne. Ainsi la deuxième guerre mondiale
est déclenchée.
L'armée suisse est mobilisée. Une armée
toujours hippomobile pour une grande partie.
Besoin en chevaux de l’armée, 53'748 sujets
dont 4'650 pour la cavalerie.
D'un jour à l'autre, les hommes et les
chevaux manquent dans les exploitations
agricoles. En même temps, l'agriculture est
appelée à augmenter sa production. Le Plan
Wahlen veut qu'environ 200'000 ha
supplémentaires soient mis en grandes
cultures. La surcharge de travail pour les
personnes restant sur l’exploitation est
énorme.
Cultiver des champs au lieu de faire de
l'élevage est le mot d'ordre du Plan Wahlen.
Un hectare de pommes de terre nourrit dix
fois plus de personnes qu'un hectare de
prairie dont l'herbe est fourragé aux vaches
produisant du lait.
Plus personne ne parlait de surproduction,
les contingentements furent abandonnés d'un
jour à l'autre. Les prix ne cessèrent
d’augmenter.
Les prix des produits agricoles doublèrent
entre 1939 et 1946 ; durant la même période
les prix des agents de production pour
l'agriculture n'augmentèrent que de 67%.
Ainsi donc, il fut possible, de gagner de
l'argent en agriculture.
En 1940 on assista à l’introduction du
rationnement des denrées alimentaires,
excepté les pommes de terres, les légumes et
les fruits.
C'est en 1945/46 que l'effectif chevalin
atteint son maximum, soit 149'000 sujets,
dont 23'000 juments saillies en 1944.
Pendant cette période, lors d’une mise de
chevaux de travail à Avenches, les sujets de
trois ans furent vendus pour un prix de
3'800.- à 4'150.-, les hongres de 2 ans
2'620.- à 3'870.-.
Ce fut également la belle époque de la foire
de Chaindon, plus de 2'200 chevaux y furent
offerts, dont quasiment tous trouvèrent
acheteur.
La
deuxième guerre mondiale : situation au TE
Tout changea du jour au lendemain pour les
agriculteurs/éleveurs du TE avec l'attaque
de la Pologne par les Allemands et la
mobilisation de l'armée en septembre 1939.
Les chevaux aptes au service furent
mobilisés, les soldats appelés sous les
drapeaux.
Beaucoup de paysannes se trouvaient seule à
la ferme, sans chevaux pour faire le
travail.
Pour deux raisons les éleveurs avaient
intérêt à saillir le plus de juments
possible:
- Les juments poulinières étaient libérées
du service militaire.
- Les produits de ces juments, les poulains,
étaient très recherchés, donc chers.
Cet élevage poussé à l'extrême fut pratiqué
au détriment de la qualité.
Notre syndicat, présidé pendant cette époque
très dure par Charles Stauffer de Corgémont
et géré par William Schneider de Tramelan,
accomplissait ses tâches dans la mesure du
possible. A part les activités
professionnelles (Plan Wahlen) et militaires
(mains d'oeuvre et chevaux mobilisés) il ne
restait qu’une très petite marge pour les
activités syndicales et pour les loisirs.
Le Marché-Concours de Saignelégier fut
annulé plusieurs fois pendant cette période.
L'effectif des chevaux dans le TE pendant la
guerre était de 511 sujets, dont 294
juments.
En 1940, des troupes françaises montées
furent internées en Suisse. Les montures des
« Spahis » venant de l'Afrique du nord
étaient des chevaux arabes. Ils restèrent
pour la grande partie en Suisse. Ces chevaux
très endurants et durs ont laissé leurs
traces aussi dans l'élevage FM.
La
période après la guerre jusqu'aux années
soixante:
Pendant cette
période un énorme développement a lieu à
tous les niveaux. L'industrie et la
construction ont besoin de main-d'oeuvre.
L'exode rural se poursuit. Ce sont surtout
les très petites exploitations, ainsi que
les ouvriers agricoles de nationalité
suisse, qui quittent l'agriculture, pour
trouver une vie plus facile dans le deuxième
et le troisième secteur (industrie et
service).
Le manque de main-d'oeuvre en agriculture
est compensé par l'engagement d'ouvriers
étrangers (italiens) d'une part et par une
motorisation/mécanisation sans précédant
d'autre part.
En 1960 on compte 50'000 tracteurs contre
8'000 en 1939, le nombre de chevaux a baissé
de 149'000 en 1946 à 70'000 en 1960.
Entre 1955 et 1965, le nombre des
exploitations agricoles diminuait de
quelques 30'000. Toutefois, ce furent en
premier lieu les exploitations de petite
taille qui disparurent.
Bien que nos autorités, par le biais de la
loi sur l'agriculture de 1951, voulurent
signaler leur reconnaissance vis-à-vis de
l'agriculture pour les efforts réalisés
pendant la guerre (garantie de prix couvrant
les frais de production, garantie de prise
en charge des produits, protection
douanière) le changement de structures fit
son chemin.
Au niveau de l'armée aussi, le cheval
perdait de son importance.
En 1948 l'artillerie fut totalement
motorisée; les troupes du train furent
réduites. La cavalerie fut restreinte de 30
à 18 escadrons.
La motorisation, qui fut retardée par la
guerre à tous les niveaux, se rattrapait à
grande vitesse.
Le cheval, jadis roi des champs, cédait à
grands pas le terrain au moteur.
Malgré les exploits prodigieux des chevaux,
la victoire du moteur était irrévocable.
La
période après la guerre jusqu'aux années
soixante au TE
Avec un
certain retard sur le plateau, mais aussi
dans notre région, la
mécanisation/motorisation prit un essor
inattendu dans l’agriculture. Impressionnée
par la technique moderne, la jeune
génération surtout, perdait en très peu de
temps, tout intérêt au cheval.
Dans les années 50, le nombre de juments
saillies résistait au développement poussé
d'une agriculture mécanisée.
Pendant un certain temps encore les éleveurs
"convaincus" essayaient de faire de la
concurrence au tracteur avec leurs chevaux.
Un combat inégal s’engagea, il était voué à
l'échec dès son départ.
La citation de Francis Voisin, fils
d’étalonnier de Corgémont, nous montre,
combien en ce temps-là, le cheval fut encore
sollicité au niveau travail et reproduction:
"Au printemps 1952, l'étalon "Jaurès" a
sailli 108 juments. Parfois cet étalon
faisait huit saillies par jour, la première
à cinq heures le matin et la dernière à 23
heures. Entre les saillies le même étalon
allait chercher l'herbe pour les 15 vaches.
Les chaleurs étaient bien mieux marquées à
cette époque parce que les juments étaient
maigres, elles travaillaient dur. C'était
rare qu'une jument soit saillie trois fois
dans la même chaleur. La période de monte
durait de mars jusqu'à mi-juillet."
1957 : Jubilé du 50ème anniversaire du TE
Cet événement fut célébré en tout simplicité
et pour marquer ce jubilé, un grand nombre
de chevaux fut présenté sur les places de
concours des Reussilles et de Corgémont. Le
28 avril 1957, lors de l'assemblée annuelle
à Sonceboz, les festivités eurent lieu en
invitant quelques personnalités.
M. Luterbacher de Prêles, premier président
de la fédération suisse, demandait
déjà à l'époque aux autorités fédérales et
militaires de maintenir les escadrons de
dragons ainsi que l'achat des "Bunds" pour
les troupes hippomobiles.
Le député Henri Geiser de Cortébert,
renseignait l'assemblée sur la revendication
des agriculteurs sur le prix du bétail de
boucherie. Il donna l'information que la
Confédération était fortement endettée avec
les conséquences connues pour l'agriculture.
L'assemblée du 50ème se termina avec un
goûter offert par le syndicat.
Malgré tous les efforts, malgré toutes les
belles paroles de certaines personnalités,
la période glorieuse du cheval de travail
s'achevait en toute simplicité. Cette
période fut suivie du temps le plus sombre,
le plus désespéré de l'élevage FM -
également dans le TE !
La
période noire, voire morte du cheval
Franches-Montagnes : les années 70 - 80
La population suisse augmente sans cesse,
pour la première fois dans son histoire,
elle dépasse les cinq mio dont un mio
d'étrangers. C’est ce qui nous amène aux
initiatives contre un taux trop élevé
d’étrangers en Suisse. (Schwarzenbach)
Le peuple suisse va bien!
Au niveau de l'agriculture, la mécanisation
et la rationalisation battent leur plein.
Marié avec un grand savoir faire de nos
agriculteurs, les circonstances nous mène
soi-disant dans une situation de
surproduction. Les prix et la prise en
charge sont toujours garantis. Le compte
laitier fédéral boucle avec un déficit de
passé un mia.
Suite à cette situation désastreuse, le
premier mai 1977 est introduit le
contingentement laitier.
L'exode rural continue; entre 1965 et 1985
encore une fois 33'000 exploitations
disparaissent.
Le manque de main d'oeuvre s'accentue
encore.
Dans cette situation le cheval de trait ne
trouve plus sa place dans l'agriculture.
La construction des machines hippomobiles
est arrêtée.
Dans l'armée le cheval prend le même chemin
qu'en agriculture. En 1972 la cavalerie est
définitivement supprimée.
Dans la révision de l'OT61 de 1981, les
troupes du train sont sensiblement réduites,
ce qui représente une diminution des chevaux
du train de quelques 20'000 sujets depuis
les années soixante.
Plus personne ne s'intéresse aux chevaux !
Plus personne n’est formé dans l’utilisation
du cheval! (ni l'armée, ni les écoles
d'agriculture)
Vu qu'ils ne sont plus utilisés, les chevaux
ne sont plus débourrés, le cheval des
Franches-Montagnes atteint le point le plus
bas de son histoire.
Malgré tout on continue à l'élever et à
l'écouler par le biais de marchés
artificiels!
Les poulains de boucherie repris par les
importateurs de viande libèrent des
contingents d'importation de viande
chevaline. (jusqu'à 75% des poulains sont
tués).
Les chevaux repris aux mises par les
marchands donnent droit aux contingents
d'importation d’équidés de tous genres.
L'élevage, quand à lui est soutenu par des
primes de poulinage, d'élevage, d'attelage
et de garde.
La
période noire, voire morte, du cheval
Franches-Montagnes : les années 70/80 au TE
C'est pendant
ces années là que le TE atteint son
territoire actuel, tout le district de
Courtelary. Suite aux événements connus de
l'époque, mais aussi sous la pression du
canton, les éleveurs de la région de
Mont-Soleil, La Chaux-d'Abel et Mont-Tramelan
ont manifesté le désir de faire partie d'un
syndicat dont le siège se trouve dans le
canton de Berne. En assemblée ordinaire du
24 février 1979 à Saint-Imier, 54 nouveaux
membres sortant du HPM sont acceptés dans le
TE.
Le comité, conscient que nos chevaux ne sont
quasiment plus du tout utilisés pour le
travail et qu'ainsi le savoir-faire de nos
jeunes éleveurs se perd, organise en peu de
temps un premier cours d'attelage aux
Reussilles, donné par Hermann Mast et Fritz
Weyermann
Dans le même ordre d'idée, en 1980, la
première journée équestre de notre syndicat
a lieu à la Bise de Cortébert.
En 1982 le TE fête ses 75 ans. Cette
manifestation a lieu à La Chaux des
Reussilles sous une pluie battante. Un
concours de chevaux pour chaque catégorie
d'âge et quelques courses spectaculaires, au
vu du temps et de l’état du terrain, sont
organisés.
Anecdote à mentionner: Le discours du
président, pourtant bien préparé, n'a pas pu
avoir lieu. Pour cause, les intempéries, qui
par moment nous privaient d'électricité!
Dans cette période sombre, voire désespérée
pour la race FM, en haut lieu, les éleveurs
sont encouragés à abandonner le cheval du
Jura et à se tourner vers le cheval de
sport, le DS.
Des éleveurs de notre syndicat profitaient
de l'occasion en acquérant des juments DS de
haute qualité lors d'une mise organisée à
Avenches.
Les frères Oppliger de Mont-Soleil ont
acquis la jument anglo-normande"Quiboise",
elle a laissé quelques bons sujets.
Francis Voisin ramenait la jument allemande
"Grace Kelly" venant de la Westphalie, elle
donna par la suite naissance au poulain
"Diori" vendu au Haras fédéral.
En résumé, pendant la période la plus sombre
du cheval FM, les responsables du syndicat
ressentaient le besoin de réagir pour voir
des jours meilleurs pour notre cheval.
L'avenir leur donne entièrement raison. Dans
des circonstances encore bien plus
désavantageuses qu’avant, le cheval du Jura
renaissait de ses cendres dans les années
90.
Les
derniers 20 ans : la résurrection du cheval
Franches-Montagnes !
La Suisse est
un pays hautement industrialisé, le
troisième secteur gagne en importance. La
population a dépassé les 7 mio.
L'agriculture est marginalisée (2,5%); il ne
reste plus que 65'000 exploitations.
La Suisse est un pays soi-disant riche, mais
hautement endetté.
Nous sommes une société mobile avec beaucoup
de temps libre, une société de consommation
et de loisir.
C’est exactement dans cet environnement
moderne que notre cheval FM a trouvé sa
nouvelle vocation. Il a muté du cheval de
travail au cheval de loisirs. Il fut un
animal de rente, il est devenu un animal
domestique, un compagnon.
En 1997 est constituée "La Fédération
d'élevage du cheval de la race des
Franches-Montagnes". Cette jeune
organisation a la mission difficile de
repositionner le cheval FM, de lui trouver
de l’occupation.
Au niveau des structures, elle a dû insister
pour montrer qu'elle est en mesure de
prendre elle-même son destin en main et
qu'elle n'a surtout pas besoin des "bons"
conseils des autres races. Elle n’est
aucunement capable et prête à entretenir les
autres races. Le combat des classes se
répète cent ans après celui de Marx.
Aujourd'hui la FSFM est totalement
indépendante, c'est ainsi qu'elle est en
mesure d'accomplir ses tâches, pas toujours
faciles.
Toutefois les responsables actuels et
anciens ont la satisfaction de savoir :
- Qu'il y a une prise de conscience
vis-à-vis du cheval FM au niveau suisse
- Que la Confédération est consciente de sa
responsabilité (PV de Rio) vis-à-vis de
notre cheval, représentant la seule race
chevaline autochtone suisse (encouragement
financier par le biais d'une prime pour les
juments, maintien du Haras National orienté
vers le FM)
- Le cheval FM a retrouvé du travail. Cette
fois plus devant la charrue mais sous la
selle du cavalier de loisir ou attelé a un
char marathon pour une ballade avec un
atteleur de loisirs.
Pour y arriver, le but d'élevage n'a pas dû
être touché. Les facultés de notre cheval
devaient tout simplement être mises en
évidence, par des épreuves de loisirs tel
que
le gymkana, le saut FM, le dressage FM, le
débardage, la traction.
En sport, le cheval FM a trouvé ses
partisans dans la discipline de la monte
américaine ainsi qu'en attelage, même au
niveau de l’élite.
Dans une société de surabondance le cheval
FM s'est positionné, il est aujourd'hui le
cheval de loisirs incontournable au niveau
suisse et au niveau international.
A peine, notre cheval a-t-il trouvé sa place
dans le domaine des loisirs, du sport, de l'hippothérapie
et même de la psychiatrie que de nouveaux
défis l'attendent!
Quel est son rôle à jouer quand l'énergie
commence à faire défaut, ou que le
changement de climat dû aux activités
démesurées de l'homme est devenu une réalité
brutale?
Comme il s’annonçait "présent" tout au
long des huit époques que nous venons de
vous rappeler, il s’annoncera une nouvelle
fois "présent", en tant qu'accompagnant de
l'homme tel qu'il l'a été depuis des siècles
!
Les
derniers 20 ans : la résurrection du cheval
Franches-Montagnes dans le TE
Pendant la période noire du cheval FM les
dirigeants du TE n'ont pas baissé les bras,
ils ont continué à développer, voire
intensifier les activités du syndicat.
- en 1991 nous organisons l'assemblée des
délégués de la Fédération suisse, qui durait
à ce moment là, un jour et demi avec un
programme cadre bien garni.
- de 1985 à 1995 le TE participe à trois
reprises à la BEA et une fois à l'OLMA
- après les plébiscites, en 1994 le TE à
l'honneur, d'être le premier syndicat du
Jura bernois invité au Marché-Concours de
Saignelégier. Les paroles du défunt speaker
Daniel Wahlen restent gravées dans nos
mémoires: "Le Tramelan-Erguël
a tourné la page!"
- en 1995 une équipe FM participe à "La
Route du Poisson", Des vingt chevaux de
l'équipe, cinq sujets sont issus d’une
écurie du TE
- en 1996 la Fédération bernoise nous confie
l’organisation de son assemblée des délégués
à Corgémont.
- en 1998 la Société d'agriculture du
district de Courtelary nous donne mandat
d'organiser l'exposition des chevaux dans le
cadre de sa manifestation.
- en 1998 aussi nous faisons le déplacement
à Vérone en Italie pour la grande foire des
chevaux
- en 1998, encore un fait particulier se
produit, des quarante-deux étalons présentés
à Glovelier, six sont d'une écurie du TE.
Cinq sont sélectionnés, parmi eux le premier
classé. Par la suite, les cinq ont
brillamment réussi le test en station à
Avenches.
Si du temps des contrats d'attelage nos
chevaux de trois ans étaient présentés sur 7
à 9 places, aujourd'hui le TE ne dispose
plus de place de test en terrain. Nos
chevaux sont présentés sur les places des
syndicats voisins.
Suite aux nouvelles structures en élevage
chevalin, notre syndicat est aujourd'hui un
syndicat FM. Cette spécialisation est juste
afin de pouvoir défendre la seule race
suisse avec l'engagement nécessaire pour
garantir sa survie.
L'Etalonnerie
a) Les stations fédérales de monte
Pour les éleveurs du TE les stations
fédérales de monte étaient toujours d'une
très grande importance.
Au Vallon, les étalons d'Avenches furent
toujours stationnés à Corgémont. De 1930 à
1949 chez les frères Stauffer. Y faisait
entre autre la monte le fameux "Ravachol",
un fils de "Vaillant".
De 1950 à 1975 la station fut reprise par la
famille Voisin. De 1976 à 2002, l'année de
la suppression de la station fédérale au
Vallon, c'est la famille Wirz qui a repris
le flambeau.
Déjà avant la constitution du syndicat, les
éleveurs de la région de Tramelan/Les
Reussilles ont pu profiter de la station
fédérale de monte.
Au contraire de la station de Corgémont, où
les étalons fédéraux furent stationnés chez
des agriculteurs, aux Reussilles les étalons
étaient toujours soignés par des étalonniers
du Haras. En 2003 la célèbre station des
Reussilles est abandonnée en faveur de la
station de Bellelay.
b) L'étalonnerie privée
La première étalonnerie privée d'une
grande importance dans notre syndicat se
trouvait chez les Frères Gerber aux Joux.
Dans les années 1930 à 1945, entre autre, y
faisaient la monte les étalons "Pionnier" et
"Prior".
De 1950 à 1997, Alfred Amstutz du Cerneux-Veusil,
tenait une étalonnerie privée connue pour
des étalons du type plutôt lourd. Les
derniers étalons gardés par Alfred étaient:
"Ribérac, Délgado, Conquérant et Elias"
Depuis 1980 jusqu'à aujourd'hui, Jean-Pierre
Rochat de la Bergerie de Vauffelin, met ses
étalons à disposition des éleveurs. Y ont
fait la monte: « Jimmy, Dictol, Loubard,
Calyptus et Calif » et actuellement « Queens
et Nevado ».
Jean-Pierre Rochat est un éleveur passionné
et compétant d'une part, d'autre part il est
un meneur de char romain chevronné et
respecté qui s’est souvent classé premier
dans les épreuves.
En plus de ses compétences autour du cheval
FM, Jean-Pierre Rochat est l'auteur de
plusieurs livres dont "Berger sans étoile"
Plutôt de courte durée, ils existaient aussi
des étalonneries privées chez:
Girardin Pierre-André à Mont-Tramelan avec
l'étalon "Libanon »,Kunz Jakob à Mont-Crosin
avec "Eiger", Von Allmen Eddy aux Fontaines
avec "Himalaya", Sperisen German à la
Montagne de Romont avec "Lirac", "Ugolin" et
"Mexico" HF
Actuellement à La Ferrière Pierre-André
Wäfler, assure la monte avec des étalons
loués pendant la saison.
QUELQUES STATISTIQUES
Etat des membres
|
Année |
Membres
|
Chevaux
|
Etalons
fédéraux |
Etalons
privés |
|
1907
|
70
|
300
|
3
|
0 |
|
1940
|
? |
412
|
? |
? |
|
1945
|
? |
511
|
? |
? |
|
1957
|
90
|
350
|
3
|
2 |
|
1982
|
160
|
380
|
4
|
3 |
|
1991
|
190
|
410
|
4 |
5 |
|
2007 |
160 |
230 |
0 |
3 |
|